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Au pays des hommes-camions
Ou tout arrive à dos d’homme

Le Népal compte dix des quatorze sommets les plus hauts du globe. Au Nord Est du pays, la région himalayenne du Solu Khumbu, toit du monde. Sagarmatha, « dont la tête touche le ciel », Chomolungma, « pic de la déesse des vents ». C’est ainsi que Népalais et Tibétains désignent l’Everest, qui  domine la région du haut de ses 8848 m. A côté, le Lhotse culmine à 8516 m et des dizaines de sommets dépassent les 7000 m d’altitude. Dans cette région, tout arrive à dos d’homme.

Dans le Solu Khumbu, pas de voiture, pas de route. Des chemins de pierres et de poussière, situés pour la plupart au dessus des 3000 m d’altitude, arpentés chaque année par des milliers de trekkeurs étrangers. Homme, femme ou enfant, tout le monde porte. Feuilles séchées, aliments ou réfrigérateur, tout se porte. Le portage est une activité domestique et une profession. Les porteurs, ces hommes-camions, subviennent à leurs besoins en ravitaillant en nourriture les hébergements destinés aux trekkeurs, ou en transportant sur leur dos les éléments qui serviront à la construction d’un hôtel ou d’un pont suspendu. En deçà des 3000 m, certaines charges sont portées par des mulets, et en haute altitude, par des yacks. Cependant, ces animaux coûtent chers et sont peu nombreux. Hommes et femmes assurent donc la majorité des activités de portage.

Les porteurs arpentent ainsi les chemins du Solu Khumbu, à petits pas, sous une charge dépassant généralement les 50 kg et pouvant parfois atteindre la centaine. Ils sont payés au kilo. Le prix du kilo dépend notamment de la distance à parcourir, de l’altitude et de la difficulté du chemin.

Prakash Kirat, porteur de 30 ans, effectue ainsi régulièrement le trajet entre Lukla et Namche Bazar, entre 3000 m et 3500 m d’altitude. Il lui faut deux jours pour couvrir les 13 km qui séparent les deux villes avec l’équivalent de son poids, une soixantaine de kilos, sur le dos. Il transporte des cartons vides ou des bouteilles d’eau et reçoit 25 roupies, soit 0.25 €, par kilo transporté. L’essor du tourisme dans la région a multiplié les activités de portage, qui bien que pénibles, permettent à de nombreux petits paysans comme Prakash Kirat de compléter leurs revenus et de subvenir aux besoins de leur famille.